Une autre économie est possible ! (0)

Peut-on échapper à l’économie ? Elle imprègne fart, le sport, le sexe et la guerre ; elle engage le quotidien de la ménagère comme celui du manager. La ” marchandisation de la vie ” devient l’hymne de l’époque, et les économistes sont ses farauds apôtres, capitaines autoproclamés à la proue du ” progrès ” de l’humanité. Le rationnel est leur sextant, le quantifiable est leur boussole. Entre toi de la jungle et productivisme acharné, cartels et stock-options, la statistique quadrille leur parcours. Des kilos d’équations lestent leur ” raison raisonnante “. Tout juste admettent-ils qu’une main invisible leur vient parfois en aide, altruiste ou impérieuse selon les cas. C’est oublier que l’homme n’est pas, mais alors pas du tout, rationnel. Et que l’économie est avant tout une réflexion sur le partage. Qui regarde le gâteau, qui tient le couteau ? Une autre économie est-elle possible ? L’esperanto économique est-il le jargon d’une science dure, le sabir d’une science motte, ou le cache-misère d’une science nulle
Traquant les fioritures et les pseudo-concepts, cet Antimanuel permet à chacun de s’armer pour comprendre la harangue des chefs de la guerre économique. Car dans le monde des comptes, il ne faut pas s’en laisser conter. Sur un ton léger mais incisif, Bernard Maris convoque tour à tour des économistes, de Keynes à Stiglitz, mais aussi, plus inattendus, des philosophes ou des romanciers : Montesquieu, Swift, Jarry, Maupassant, Orwell ou Houellebecq… Ensemble, ils posent enfin un regard neuf sur une discipline réputée austère et répondent à des questions fondamentales : qu’est-ce que la valeur ? la monnaie ? la richesse ? La croissance est-elle une vertu ? Qui osera désormais dire que l’économie est ennuyeuse.

Bernard Maris
Antimanuel d’économie, Ed. Bréat

La société-troupeau (0)

La violence et l’insécurité dans lesquelles nous vivons - aussi exploitées qu’elles puissent être fantasmatiquement, voire manipulées de manière délibérée - relèvent avant tout d’une question de narcissisme, et sont le fait d’un processus de perte d’individuation. Il s’agit de narcissisme au sens où un homme comme Richard Durn, assassin d’un nous - assassiner un conseil municipal, représentation officielle d’un nous, c’est assassiner un nous - souffrait terriblement de ne pas exister, de ne pas avoir, disait-il, le ” sentiment d’exister ” : lorsqu’il tentait de se voir dans une glace, il n rencontrait qu’un immense néant.
C’est ce qu’a révélé la publication d son journal intime par Le Monde.
Durn y affirme qu’il a besoin de ” faire du mal pour, au moins une fois dans [sa] vie, avoir le sentiment d’exister “. Richard Durn souffre d’une privation structurelle de ses capacités narcissiques primordiales. J’appelle ” narcissisme primordial ” cette structure de la psychè qui est indispensable à son fonctionnement, cette part d’amour de soi qui peut devenir parfois pathologique, mais sans laquelle aucune capacité d’amour quelle qu’elle soit ne serait possible. Freud parle de narcissisme primaire, mais cette expression ne correspond pas tout à fait à ce dont je parle : elle désigne l’amour de soi infantile, une époque précoce de la sexualité. Freud parle aussi de narcissisme secondaire, ce qui survient à l’âge adulte, mais il ne s’agit encore pas de ce que je nomme le narcissisme primordial, qui est sans doute plus proche de ce que Lacan désigne dans son analyse du ” stade du miroir “. Il y a un narcissisme primordial aussi bien du je que du nous : pour que le narcissisme de mon je puisse fonctionner, il faut qu’il puisse se projeter dans le narcissisme d’un nous. Richard Durn, n’arrivant pas à élaborer son narcissisme, voyait dans le conseil municipal la réalité d’une altérité qui le faisait souffrir, qui ne lui renvoyait aucune image, et il l’a massacrée.

Bernard Stiegler
Aimer, s’aimer, nous aimer, Ed. Galilée, 2003

Le néolibéralisme n’est pas tombé du ciel (0)

De l’Amérique de Reagan à la France de Mitterrand, en passant par la Nouvelle­Zélande, les transformations économiques du dernier quart de siècle n’ont été le produit ni du hasard ni de la nécessité. Si, à partir des années 80, les « décideurs » et les médias du monde occidental ont presque toujours interprété de manière identique les situations de « crise », c’est que tout un travail idéologique était intervenu au préalable, c’est que les solutions alternatives au marché avaient été détruites afin qu’il n’y ait « plus d’alternative ». D’autres interprétations des événements auraient suggéré d’autres remèdes, mobilisé d’autres forces sociales, débouché sur d’autres choix. La « mondialisation », ce fut aussi ce long labeur intellectuel de construction de la « seule politique possible » que favorisa la symbiose sociale entre ses principaux architectes d’un bout à l’autre de la Terre. Inspirées par des théoriciens de l’université de Chicago, dont l’influence sera considérable au Chili, en Grande Bretagne et aux États Unis, les doctrines économiques libérales vont encourager les classes dirigeantes à durcir leurs politiques, à passer d’un système d’économie mixte acceptant une certaine redistribution des revenus à un nouveau capitalisme orienté par les seuls verdicts de la finance. Les artisans de cette métamorphose en tireront un avantage considérable ; pour la plupart des autres, au contraire, ce sera le grand bond en arrière.

Serge Halimi
Le grand bond en arrière, Ed. Fayard

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