Les dessous de la télévision (94)
Ces deux cours télévisés du Collège de France, présentent, sous une forme claire et synthétique, les acquis de la recherche sur la télévision. Le premier démonte les mécanismes de la censure invisible qui s’exerce sur le petit écran et livre quelques-uns des secrets de fabrication de ces artefacts que sont les images et les discours de télévision. Le second explique comment la télévision, qui domine le monde du journalisme, a profondément altéré le fonctionnement d’univers aussi différents que ceux de l’art, de la littérature, de la philosophie ou de la politique, et même de la justice et de la science ; cela en y introduisant la logique de l’audimat, c’est-à-dire de la soumission démagogique aux exigences du plébiscite commercial.
Pierre Bourdieu (Bio)
Sur la télévision, Ed. Raisons d’Agir
Du temps de cerveaux disponible (86)
50 ans qu’elle existe, 50 ans qu’on la critique voire qu’on la diabolise. “Réalité” pour les uns, “poubelle” pour les autres; “miroir de la société” pour certains ou “celle que l’on mérite” pour d’autres, les métaphores ne manquent pas pour parler de la télévision. Malheureusement, on en parle plus qu’on ne tente d’agir sur elle.
Depuis que les sociologues s’intéressent à la télé, ils ont identifié son influence dans à peu près tous les domaines de la vie courante :
augmentation de la violence (5.2 scènes de violences par heure sur la télévision britannique en 2001 [1])
banalisation de la pornographie (certes ce n’est rien à coté d net)
problème de malbouffe et d’obésité (grignotage devant la télé, + de télé = moins de sport [2], addiction au macdo cultivée dès l’enfance par la pub)
diminution du lien entre parents et enfants (vive la nouvelle télé pour les moins de 3 ans !)
et même, plus récemment, la diminution drastique du nombre de rapports sexuels ! [3]
La liste est longue et l’influence de la télé (en positif ou en négatif) sur la société n’est pas discutable, mais force est de constater que rien — ou vraiment très peu — n’a été mis en oeuvre pour en limiter les effets les plus néfastes.
Le rapport de l’individu lambda avec sa télé est aussi tout ce qu’il y a de plus schizophrène, fait d’adoration et de rejet à la fois. Le cas d’arte, par exemple, est connu : 20% déclarent la regarder pour 1% de part de marché. TF1 c’est l’inverse : une majorité critique les programmes mais confortent malgré tout ses meilleures audiences (95% des meilleures audiences des chaines hertziennes).
Parallèlement, le nombre d’heures passées devant la télé augmente continuement : +2min en France pour 2005 [4]. Soit 3h26 toutes catégories confondues et 2h11 pour les 4-14 ans. Si on fait un rapide calcul : 2h11 par jour ca fait 800h/an, a comparer avec environ 1000h passées à l’école. Le rapport de force est de plus en plus défavorable mais qui s’en préoccupe ? Et qui est responsable des programmes télévisuels qui participent à l’éducation des enfants plus de 2h par jours ?
Pourtant les solutions existent et sont simples à mettre en place. Karl Popper [5], philosophe des sciences, considérant la télé comme un danger pour la démocratie, propose de calquer le fonctionnement des professions de télé sur celui des médecins, avocats et professeurs. En effet, ces professions exercent un grand pouvoir sur la société mais en contre-partie sont contraintes à une éthique et sousmises à des instances de surveillance. Il faut donc d’urgence responsabiliser les personnes travaillant à la production du contenu télévisuel en instaurant un contrat éthique et l’obligation d’être formé. Du CSA, qui pourrait être l’équivalent du conseil de l’odre des médecins, on pourrait attendre un peu plus que la simple surveillance de la pluralité politique sur les ondes : son influence sur les contenus est ridicule. Il ne s’agit pas de rétablir la censure mais à minima de poser des questions et de proposer des réponses sur ce qui est à promouvoir et ce qui est à prohiber.
Les pouvoirs publiques francais, loin de prendre conscience du problème et de proposer un vrai débat sur ce le role et la place à donner à la télé, trouvent opportun étendre la durée et le champ de la publicité à des secteurs “oubliés” jusqu’à présent [6] (grandes surfaces, industrie du cinéma notamment). Quant à la commission européenne, toujours à l’écoute des lobbies industriels, propose une directive assouplissant la régulation de la publicité à la télé pour, selon Bruxelles, contrer “l’usage croissant des appareils d’enregistrement vidéo qui permettent au spectateur de supprimer les publicités” [7]. On rêve…
Après tout, on peut ne pas partager les constats alarmistes des sociologues, médecins et autres psychologues, mais il n’en reste pas moins que les faits sont là : la télé est un média de masse controlé par seulement quelques entreprises (seulement deux grandes boites de production en France) et qui a une influence indéniable et insidieuse sur la société. Lors d’un sondage sur l’influence de la publicité [8], 73% des sondés estiment que la pub a bien une influence sur les consommateurs, mais 77% pensent qu’elle n’a aucune influence sur eux ! Schyzophrénie toujours…
Quand on sait qu’on recoit environ 20000 messages publicitaires par an [9] (55 par jour !) on comprend mieux que le budget de la publicité, en constante augmentation depuis 10 ans, représente dans le monde le second budget derrière celui de l’armement [10]. Serait ce de l’argent jeté par les fenêtre ou plutot un investissement lucratif dans la manipulation des opinions publiques pour soutenir la consommation en créant encore et toujours du désir à court terme ? Sur ce thème, voir l’excellent article sur le site d’ATTAC [11].
Finalement, le problème de la télé c’est peut-être moins le contenu que l’ensemble des valeurs qui y sont véhiculées et inculquées à tout à chacun à notre insu, vous comme moi. Il ne s’agit pourtant pas de théorie du complot, il s’agit juste d’admettre l’évidence : que les valeurs transmises sur les ondes n’ont d’autres buts que de faire vendre. C’est depuis longtemps l’objet même de la télévision, via la publicité, et c’est tellement évident que Patrick LeLay, président de TF1 (70% d’audience) peut admettre sans rougir que son boulot est de vendre à ses annonceurs du temps de cerveaux disponible !! Prendre à ce point la société pour un troupeau à gaver laisse sans voix…
Cette théorie du troupeau, c’est justement la thèse de Berbard Stiegler [12] qui analyse d’un point de vue philosophique la relation de l’individu au groupe au travers de la télévision. Loin de penser que la société est individualiste, il explique au contraire que la standardisation des comportements, qui est basé sur le réflexe compulsif et pavlovien de consommer, à la base de toute économie d’échelle détruit progressivement le lien entre les individus; ce lien étant basé sur leurs différences.
[1] Depiction of violence on tv
[2] Corrélation entre télévision et obésité

[3] http://www.liens-utiles.org/modules/news/article.php?storyid=1954
[4] 2005 en France : 3h26 en moyenne devant la télé toutes catégories confondues, et 2h11 pour les 4-14ans. Source : Médiamétrie, 2005
[5] K. Popper, “La télévision : un danger pour la démoncratie”. 1996, Ed. 10/18
[6] Source : Rapport d’information du Sénat L’ouverture de la publicité télévisée aux secteurs interdits : quels équilibres entre déréglementation et pluralisme ?
“En 2003, les annonceurs ont consacré 3,744 milliards d’euros à la publicité télévisée, dont 3,008 milliards en achat d’espace publicitaire selon l’Institut de recherches et d’études publicitaires (IREP). Les achats de spots classiques ont représenté 2,834 milliards d’euros et le parrainage de programmes, 174 millions d’euros.
La part du marché (PDM) publicitaire de la télévision n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années. Elle a doublé, passant de 18 % en 1980 à 30 % en 1992 et 36,6 % en 2003.”
[7] Source : Le Nouvel Observateur, 14/12/2005
[8] Sondage TNS-Sofres, 17/11/2005
[9] Source : Le Journal du CNRS
[10] Source : ???
[11] http://www.france.attac.org/a1884
“Mais pour comprendre l’idéologie que véhiculent les dix-huit millions d’insertions publicitaires délivrées par les médias français en 2000, sans doute faut-il s’interroger sur la nature des discours. Pour la plupart, il s’agit de messages anodins qui seraient inoffensifs s’ils ne s’intégraient dans une logique de la manipulation. Car comme l’a expliqué M. John Kenneth Galbraith, dans toute société où la productivité est virtuellement illimitée - c’est là le résultat de l’automatisation industrielle -, le contrôle de l’appareil de production compte moins que la maîtrise de la demande de consommation. La publicité joue donc ce rôle essentiel de modeler les besoins et les attentes des individus en fonction de la demande économique.
[…]
Techniquement, il serait possible de mesurer l’incidence des dépenses publicitaires sur la consommation à la sortie des caisses. Mais cela n’intéresse pas vraiment les annonceurs. Ils préfèrent se fier à leurs stratégies de communication plutôt que de se confronter à la sanction du marché. Leurs publicités sont moins destinées à vendre qu’à favoriser la transmission d’une idéologie commerciale dont la marque est l’étendard.
[12] Bernard Stiegler. Aimer, s’aimer, nous aimer
[13] Pierre Bourdieu. Sur la télévision. Ed. Raisons D’Agir.
[14] http://www.antipub.net
Ah, les réactionnaires sont encore là où on pensait les trouver (0)
174 députés de l’UMP et de l’UDF, menés par Jean-Marc Nesme (UMP, Saône-et-Loire), signent un manifeste contre l’adoption par les couples homosexuels.
Parmi ces 174 élus, certains, comme Christine Boutin, ne sont plus à présenter. Mais d’autres suivent dignement ses traces… Christian Vanneste est actuellement poursuivi pour propos homophobes.
L’homosexualité est une menace pour la survie de l’humanité. […] Je n’ai pas dit que l’homosexualité était dangereuse. J’ai dit qu’elle était inférieure à l’hétérosexualité. Si on la poussait à l’universel, ce serait dangereux pour l’humanité.
Christian Vanneste (wikipédia), dans la Voix du Nord, janvier 2005.
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